Maurice Daurat, l'étain en lumière
La parution d'une monographie, accompagnée d'une exposition à la galerie Willy Huybrechts, tire de l'oubli le grand maître de l'étain de l'entre-deux-guerres.
Par Laurence Mouillefarine.
« DAURAT EST À L'ÉTAIN ce que Puiforcat est à l'argent », résume un critique en 1931 dans L'Art vivant. C'est dire s'il était apprécié. De fait, à partir de 1926, Maurice Daurat, le Bordelais, connut un succès triomphal dans les expositions officielles à Paris. Puis, il fut oublié. Sa petite-fille signe aujourd'hui à son sujet un recueil documenté et inspiré. Parution que finance, pour moitié, l'antiquaire Willy Huybrechts. « Nous ne sommes pas simplement de vilains marchands ! » déclare celui-ci.
Une robuste géométrie
C'est à travers Eugène Printz qu'il découvrit Daurat. «Au cours de mes recherches sur le décorateur, j'ai remarqué que, naguère, dans les Salons, il ornait volontiers ses meubles des créations de l'orfèvre dinandier, l'étain se mariant avec le bois de palmier. Je ne connaissais pas Daurat, j'ai commencé à traquer ses pièces tandis que mes confrères, en meute, ne s'intéressaient qu'à Jean Dunand. Les premiers objets que j'achète attirent l'attention d'esthètes, tels Karl Lagerfeld ou Marc Jacobs. » En quoi sont-ils séduisants ? «Parleur matière épaisse, généreuse. Rien à voir avec l'étain de grand-mère, si terne ! Daurat mit au point son propre alliage et un poli qui donnait à la matière la couleur de l'argent. Par ailleurs, c'est un artiste qui a su évoluer de l'inspiration naturaliste de l'Art nouveau aux lignes épurées de la modernité. » En 1921, tournant décisif, il abandonne la ciselure et la sculpture pour le planage au marteau. Si sa production affiche « une robuste géométrie », il faut, cependant, en remarquer les détails subtils : le socle en gradins sur lequel repose une coupe, les pans coupés qui forment ses vases, les enroulements puissants qui, dans les années 1930, viennent agrémenter piétement, anses ou couvercle. Contrairement à Puiforcat ou Dunand, Daurat n'était pas à la tête d'une entreprise. L'artisan travaillait dans la solitude de l'atelier. L'oeuvre n'en est que plus touchante.
À LIRE
Maurice Daurat Orfèvre sculpteur Art déco, par Catherine Baumgartnet; éditions Norma.
À VOIR
Exposition chez Willy Huybrechts,
11, rue Bonaparte, 75006, tél. : 01 43 54 29 29. Jusqu'au 24 mai.