Connaissance des Arts Septembre 2009 en Kiosque
La sortie d'un ouvrage sur Maurice Daurat (éditions Norma et galerie Willy Huybrechts) est l'occasion de se pencher sur la dinanderie Art Déco, discipline dominée par la figure tutélaire de Jean Dunand.
Quelle est la différence entre Maurice Daurat et Jean Dunand ? Le décor. Le premier travaille le métal nu, le second le laque, le peint ou l'émaille. Et leur point commun ? Tous deux sont dinandiers. Ils appartiennent à ce groupe d'artistes dinandiers follement inventifs qui vont révolutionner le travail du métal martelé entre les deux guerres. La génération précédente, celle de l'Art Nouveau, leur a bien préparé le terrain. Autour des années i9oo, les théoriciens prônent un retour à l'artisanat. Plus prosaïquement, la dinanderie répond encore à point nommé à des motifs économiques. Jean Dunand, par exemple, aurait aimé devenir sculpteur ; la dinanderie, moins coûteuse, lui offre une vie plus aisée. L'Exposition des arts décoratifs de 1925 et, un an plus tard, celle du musée Galliera, intitulée « Les cuivres et les bronzes modernes », placent sous les sunlights un art jugé démodé quelques décennies auparavant. Le Tout-Paris se passionne pour la dinanderie. Christofle et les ateliers des grands magasins, Primavera pour le Printemps, Pomone pour le Bon Marché ou La Maîtrise des Galeries Lafayette, prennent le train en marche et présentent ces oeuvres recherchées. Les stars du genre, Jean Dunand, Claudius Linossier, Laurent Llaurensou, Gabriel Lacroix, Fernand Grange et Paul-Louis Mergier d'un côté, Jean Després et Maurice Daurat de l'autre, sortent des oeuvres uniques. Hélas, certains éditeurs vendent des séries produites à la machine par Goldscheider ou Gantscheff. Un épiphénomène, car ce métier se pratique dans le secret de l'atelier. Certes, Dunand emploie jusqu'à cent ouvriers, mais les autres, Linossier en tête, travaillent seuls sur des plats ou des vases de taille raisonnable, aux formes sobres et aux proportions équilibrées. Et ils inventent des décors abstraits aux couleurs chaudes ou des techniques nouvelles. Jean Dunand bouleverse la tradition en créant les « incrustations coulées ». Au lieu d'introduire, comme c'est l'usage, un fil métallique dans le métal incisé, il fixe sur le support métallique un autre métal réduit en poudre qui fond à une température inférieure. Tous osent la laque, l'émail, les patines. La Seconde Guerre mondiale marque le coup d'arrêt de la dinanderie. Le temps n'est plus au luxe.
FRANÇOISE CHAUVIN


